Les Chants de marins, Chants d’aventure, de solidarité de joie et de nostalgie

« C’est un fameux trois mâts, fin comme un oiseau Hissez haut Santiano »

« Du rhum, des femmes et d’la bière nom de dieu, un accordéon pour valser tant qu’on veut »

« Dans le port d’Amsterdam, il y a des marins qui chantent les rêves qui les hantent dans le port d’Amsterdam »

Quel est le point commun entre Santiano d’Hugues Aufray, du rhum et des femmes de Soldat louis et Amsterdam de Jacques Brel ?

Ce sont des chansons de marins.

En 1961 Hugues Aufray écrit Santiano en s’inspirant d’une chanson anglaise de 1850 qui ne parle pas du fameux trois mâts, mais explique un fait d’arme terrestre qui honore le général président mexicain Antonio Lopez De Santo Anna dit « Santiana », qui a dirigé les troupes de son pays, lors de la guerre contre les américains au 19ème siècle.

Cette chanson est pourtant typiquement un chant de marin dont le but principal est de rythmer la vie des ces hommes lors des manœuvres exercées sur les bateaux.

Par exemple Santiano est considéré comme un chant dit de « Cabestan » ou pour « virer ».

Il donnait la cadence pour gérer les efforts des marins lorsqu’ils faisaient virer de bord le bateau pour changer de cap ou pour rouler et enrouler les cordages de l’ancre pour fixer les embarcations. La poulie où s’enroulent les cordes s’appelle le cabestan.

Le rythme saccadé du chant est complètement en accord avec le mouvement des marins qui tournent les cordes autour des axes des poulies.

Des chants connus sont classés dans la catégorie des mélodies de « Cabestan ou pour « virer » :

« Le port de Tacoma » ; « Au 31 du mois d’Août » ; « Ce sont les filles La Rochelle ».

Il existe aussi des chants qui sont interprétés pour d’autres manœuvres comme pour le hissage des grandes voiles les marins chantent des airs dits « chant à hisser ».

Les plus connus de cette catégorie ont pour nom : « Sur le pont de Morlaix » ; « Hardi les gars » ; « Jean François de Nantes ».

Le rythme du chant à hisser est plus lent, il accompagne des gestes plus amples pour hisser la voile à la force des bras et grâce au jeu de cordes sur la poulie.

Ce chant est structuré de façon précise avec une alternance d’une partie soliste qui donne le rythme du coup de rein des marins, et une autre partie chantée par un chœur représentant les marins hissant la voile.

Citons également, des chants à pomper qui se chantent lorsque les marins évacuent l’eau de mer infiltrée sur les pontons.

Ce sont souvent les mêmes chants que les chants à virer comme « Encore et hop et vire ».

D’autres chants sont spécifiquement utilisés pour rythmer le mouvement des avirons dans les bateaux à rame, ils sont nommés « chant à nager ou à ramer », ce sont des chants souvent lents avec des paroles tristes.

Les deux chants à nager les plus utilisés : « Les marins de Groix, nous étions 2, nous étions 3 » et « Hourra les filles à 5 deniers ».

Enfin pour les manœuvres des bateaux, on peut parler des chants à haler ou à déhaler.

Ce système de halage et de déhalage permettait de faire remonter ou descendre les bateaux dans les embouchures et les rivières, ces manœuvres se font grâce aux tractages réalisés par les hommes et les chevaux. Le chant le plus connu étant « Les bateliers de la Volga » dont le rythme se rapproche le plus des chansons de marin de cette catégorie.

Lorsque le marin est au repos, il va chanter d’autres sortes de chants plus élaborés, lui permettant de danser.

Lorsqu’il est sur le bateau on parle de chants de « Gaillard d’avant », lieux de repos des marins qui en profitent pour fumer leur pipe, et lorsqu’il est dans les ports où son bateau fait escale on dit alors : chansons de « port ».

Ce sont les chants les plus connus ; on les chante en chorale accompagnés par des instruments de musique comme les violons et l’accordéon rythmés par les cliquetis des fourchettes et des cuillères.

Trois sortes de chants :

  • Sur des rythmes de valse et de polka les airs permettent aux marins de danser et de rencontrer des prostituées dans les ports.

« Amsterdam » de Jacques Brel pourrait faire partie de cette catégorie.

  • Des complaintes tristes qui retracent la triste et dure vie de marins comme « Pauvre Marin revient de guerre », » Quand je suis parti de La Rochelle » ; « Pique la baleine ».
  • Des chansons à boire, car on éclusait pas mal de litres de tafia et de gnôle sur le gaillard avant, et dans les ports, c’est typiquement le thème du chant de Soldat Louis « Du rhum des femmes et de l’a bière, un accordéon pour valser ».

Certains chants peuvent être grivois voire très osés comme des versions de » Allons à Messine » ; » les filles de La Rochelle ».

Lorsque les chants prennent une tournure trop grivoise on parle de « charivari ».

La tradition de ces chants est toujours vivace pas seulement en France et en Angleterre, mais dans tout le monde, en particulier en Europe, en Amérique du sud, au Canada, en Océanie.

Un grand festival se déroule chaque année à Paimpol en Bretagne avec des concerts et des présentations de grands voiliers.

On y rencontre des chanteurs du monde entier et les plus grands spécialistes français comme Soldat Louis, Sergent Garcia, Michel Tonnerre, Gilles Servat, Malicorne, Les Yeux Noirs, Les Marins d’Iroise et même certains chants d’Alan Stivell.

Actuellement certaines vedettes de la scène française peuvent s’inspirer de ces chants de marins pour écrire certaines de leurs chansons citons Renaud, Florent Pagny, Bernard Lavilliers, Kassav, ou font de simples reprises d’anciens chants comme Alan Stivell ou Nolwenn Leroy.

NB : Pour faire ce texte j’ai utilisé des documents, donnant des listes de titres de chanson ainsi que des études des textes de nombreuses chansons que l’on peut facilement trouver sur internet.

Deux sites importants pour se documenter :

  • Le festival de Paimpol Bretagne
  • Site du chœur de chant de marin « Gabiersdupassage.fr ».

Claude Maillet