La Chanson entre guerre et paix, entre 1870 et 1914

Première partie : 1870 guerre et insurrection

En 1870, un nouveau conflit éclate entre l’Allemagne et la France, et les armées de Napoléon III sont écrasées par les armées prussiennes.

Tout l’est de la France est occupé et le gouvernement de Thiers remplace le Second Empire par une nouvelle République.

Les négociations de paix avec l’Allemagne vont faire perdre l’Alsace et les deux tiers de la Lorraine (région de Metz), qui vont devenir états allemands.

A la suite de cet événement, on assiste à un soulèvement des parisiens contre les armées du reste de la France appelées les « versaillais ».

Mais la Commune sera surtout marquée par des massacres exercés par les « versaillais » pendant plusieurs semaines et surtout pendant celle que l’on va appeler « la semaine sanglante » qui feront plusieurs dizaines de milliers de mort souvent fusillés sans sommation, ni jugement.

Pendant cette triste période, des chansons vont ponctuer ces événements.

La plus connue est « Le Temps des cerises ».

Cette chanson a été écrite avant la commune, en 1866 par Jean Baptiste Clément (qui sera communard) et mise en musique par Antoine Renard, en 1868.

Ces paroles vont tellement être en rapport avec la commune, qu’elle en deviendra son hymne principal.

Le Temps Des Cerises

Quand nous en serons au temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur
Quand nous chanterons Le Temps Des Cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur

Elle sera dédiée à une infirmière que l’auteur a rencontré sur une barricade pendant la « semaine sanglante » de 1871.

Mais il est bien court Le Temps Des Cerises
Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d’oreilles
Cerises d’amour aux robes pareilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang
Mais il est bien court Le Temps Des Cerises
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant

Quand vous en serez au temps des cerises
Si vous avez peur des chagrins d’amour
Evitez les belles
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour

Cette chanson est devenue l’une des plus célèbres du répertoire français et interprétée par une pléiade de chanteurs français et américains.

Dans la soixantaine d’interprètes citons les plus connus : Tino Rossi en 1938, Charles Trenet avec une version swing, en 1942, Nana Mouskouri en 1967, Juliette Gréco (1967), Leo Ferré (1988) et plus récemment Patrick Bruel (2002), et bien sûr la version la plus célèbre est celle d’Yves Montant.

Deux américaines vont enrichir cette liste : Barbara Hendricks en 1996, en hommage à François Mitterrand, et Joan Baez, en 2019 lors du festival de Montreux. Ces dernières chantant en français avec un merveilleux accent anglais, rendant la chanson encore plus émouvante.

Jean Baptiste Clément ne va pas s’arrêter sur ce chant, il écrira pendant la commune en 1971 « La semaine sanglante », chant totalement militant et très violent.

La Semaine Sanglante

Sauf des mouchards et des gendarmes,

On ne voit plus par les chemins,

Que des vieillards tristes en larmes,

Des veuves et des orphelins.

Paris suinte la misère,

Les heureux mêmes sont tremblants.

La mode est aux conseils de guerre,

Et les pavés sont tout sang

Refrain

Oui mais !

Ça branle dans le manche,

Les mauvais jours finiront.

Et gare ! à la revanche

Quand tous les pauvres s’y mettront.

Quand tous les pauvres s’y mettront.

Un autre compositeur célèbre lors de la commune, Eugene Pottier, écrira des textes analogues tels que « Quand viendra-t-elle », « La terreur blanche », « Jean misère » ou « La complainte Rosal » en hommage au colonel fusillé par les « versaillais ».

Mais, la chanson qui va vraiment rendre célèbre, Eugene Potier, dans le monde entier, en1871 est sûrement «l’internationale ».

Couplet 1 :
Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère,
C’est l’éruption de la fin.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

Refrain :  C’est la lutte finale
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale,
Sera le genre humain.

Ce chant, écrit lors de la répression sanglante de la commune, deviendra le symbole des luttes sociales jusqu’à nos jours et sera même l’hymne nationale de L’union Soviétique (URSS) de 1922 à 1944.



Couplet 3 :
L’État opprime et la loi triche,
L’impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche,
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’égalité veut d’autres lois :
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
Égaux, pas de devoirs sans droits ! 

1870 ,1871, sont deux dates sinistres pour notre pays.

Une défaite calamiteuse suivie d’une invasion de la France par les prussiens, et plusieurs mois de massacres de français par d’autres français pendant la commune.

La France dont le territoire est amputé de l’Alsace et de la Lorraine va pendant 44 ans de 1870 à 1914 être calme, mais pas pour les chanteurs compositeurs qui demandent une revanche sur les allemands.

Ce sera le thème de notre deuxième article :

« De 1870 à 1914 ».