Jean Ferrat chante Aragon

« Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant… »

Ces magnifiques paroles chantées par Jean Ferrat ont été écrites par Louis Aragon sous le titre « Prose du bonheur et d’Elsa » tiré du recueil « le roman inachevé ».

Jean Ferrat a extrait 4 strophes du poème d’Aragon pour en faire un texte superbe qui contribua à sa notoriété de chanteur poète.

Mais qui est Louis Aragon ?

La vie de Louis Aragon débuta sous de mauvais augures. Il est le fils naturel de Louis Andrieux, ancien préfet de Paris et de Marguerite Toucas. Son père ne le reconnut jamais et le jeune Aragon en souffrit toute sa vie.

Il montre très jeune un don pour l’écriture, mais il commence des études de médecine où il rencontre André Breton avec lequel il se lie d’une profonde amitié. Ensemble ils fondèrent le mouvement « dadaïste ». A partir de 1920 il publie de nombreux poèmes, mais aussi des romans.

En 1918 il part sur le front des Ardennes en tant que médecin et fut décoré de la croix de guerre.

Militant depuis toujours il adhère au parti communiste en 1927, pendant toute cette période il publie des pamphlets politiques et aussi de nombreux poèmes. L’année 1928 marque un tournant dans sa vie, la rencontre avec Elsa Triolet, femme d’origine russe et écrivaine. Elle fut sa muse et lui inspira ses plus beaux poèmes d’amour, il l’épouse en 1939. Dans les années 30 il fit plusieurs séjours en URSS. Les textes qu’il publie dans ces années là sont marqués par la critique virulente envers la bourgeoisie du début du siècle.

Pendant la 2ème guerre mondiale il devint résistant dans le sud de la France. Ses poèmes et ses textes sont emprunts de patriotisme et il chante la résistance et la gloire de la France.

Jean Ferrat passionné de poésie, a mis en musique et chanté quelques-uns des plus beaux textes de Louis Aragon.

Jean Ferrat est né en 1930 A Vaucresson. Toute sa vie il va alterner des chants poétiques, sentimentaux ou engagés. Il découvre Aragon et avec l’accord de celui-ci mets quelques-uns de ses poèmes en musique.

Communiste dans l’âme, il n’adhère cependant pas au parti communiste, dont il n’accepte pas toutes les idées.

En 1971 parait le 1er album consacré aux poèmes d’Aragon.

Aragon et Ferrat ont tous les deux soufferts de l’absence du père, Aragon, car il n’a jamais été reconnu par celui-ci et Jean Ferrat parce que son père est mort à Auswitch.

Il se retrouvent sur les mêmes thèmes, romantiques, mais aussi sur l’homme, l’humanité, la vieillesse, la vie, la vie qui passe, la paix.

Amour et désespoir se mêlent dans ses plus beaux poèmes mis en musique et chantés par Jean Ferrat.

Il n’y a pas d’amour heureux

Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l’unisson
Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n’y a pas d’amour heureux.

L’amour ne peut être que tragique à l’instar des tragédies grecques

Le malheur d’aimer

Que sais-tu des plus simples choses ?
Les jours sont des soleils grimés
De quoi la nuit rêvent les roses
Tous les feux s’en vont en fumée
Que sais-tu du malheur d’aimer
?

Les yeux d’Elsa

Ses yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire

Puis viennent des titres célèbres comme « Heureux celui qui meurt d’aimer ».

Heureux celui qui devient sourd
Au chant s’il n’est de son amour
Aveugle au jour d’après son jour
Ses yeux sur toi seule fermés

Ou « nous dormirons ensemble ».

Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J’ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t’aime que j’en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble.

Dans les « feux de Paris » Aragon compare Paris à une belle femme, volage et impudique.

Mais pour courir ses aventures
La ville a jeté sa ceinture
De murs d’herbe verte et de vent
Elle a fardé son paysage
Comme une fille son visage
Pour séduire un nouvel amant

Un thème cher à Aragon et repris magnifiquement par Jean Ferrat, le passage de la vie vers la vieillesse et la mort dans « J’arrive où je suis étranger ».

C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie

« Un jour un jour » est un poème qui dénonce la guerre. Il a été écrit par Aragon à la suite de l’assassinat de Garcia Lorca pendant la guerre civile espagnole, sur ce thème Jean Ferrat pacifiste et humaniste rejoint le poète. Ce poème porte aussi en lui l’espoir d’un monde meilleur. Il a été mis en musique en 1967 et fait partie de l’album « Maria ».

Sources : quelques sites internet pour les dates et la vie d’Aragon et de Ferrat.

You Tube pour les chansons

Geneviève Borgella