Hubert-Félix Thiéfaine

C’est à l’âge de 30 ans, en 1978 que cet auteur et compositeur-interprète sort son premier album au nom très simple « Tout corps branché sur le secteur étant appelé à s’émouvoir ».

Hubert-Felix Thiéfaine occupe une place très particulière dans la chanson française par sa culture autant littéraire, que cinématographique et son goût prononcé pour la magie et le fantastique.

Ces textes énigmatiques et poétiques, seront pendant 40 ans, souvent non compris de la médiasphère musicale.

Pour comprendre l’œuvre de Thiéfaine, il faut se plonger dans son éducation.

Ce jurassien de Dole, né en 1948, dans une grande famille catholique de six enfants va être scolarisé dans un pensionnat jésuite de la ville.

C’est pourquoi très tôt il pense à deux carrières possibles, prêtre ou chanteur. La religion a perdu un serviteur mais la chanson va gagner un talent qui ne va jamais être reconnu le grand public, mais recevra pourtant deux Victoires de la musique en 2012 pour l’album « Suppléments de mensonge » plusieurs grand prix de la SACEM et même devenir Commandeur de l’ordre des arts et des lettres.

En fait il chante, dès 1971 dans les cabarets de la rive gauche parisienne et participe à des clubs de poètes. Il écrit un spectacle intitulé « comme un chien dans un cimetière » (1973) dont la chanson principale sera reprise dans un disque de 1979.

Dans son premier album, en 1978, son style se rapproche du folk, il deviendra à partir des années 1980 plus rock, surtout dans ses concerts, à partir de l’album « Soleil cherche futur ».

Mais plus que la musique le point fort est sa poésie, c’est en effet le roi des mots et de la rime ses amis parlent de « prince de l’insolence et de la dénonciation ».

Ses textes sont marqués d’un mélange de termes classiques d’inspiration littéraire variée et d’un goût pour l’usage d’un vocabulaire riche allant jusqu’aux emprunts à la culture classique, grecque ou latine.

Le niveau de sa syntaxe le rend inclassable.

Son style singulier est plébiscité par un public jeune intellectuel, qui l’accompagne tout le long de son parcours artistique.

D’ailleurs même sans le soutien des médias il remplit en 1998 Bercy, en 2006 le Zénith de Paris et l’Olympia, pour ces deux derniers concerts, en novembre 2019 qui célébraient ses 40 ans de carrière.

Les thèmes abordés par Hubert-Félix Thiéfaine sont nombreux.

L’une de ses chansons les plus connues, « La fille du coupeur de joint », figurant sur son premier album, traite, sous un aspect enjoué, de la consommation de cannabis.

Ce thème des « consommateurs de substances psychotropes » comme dit Thiéfaine se retrouve dans de nombreux textes, au cours de sa carrière (Cabaret sainte Lilith Narcisse 81, Solexine, Ganja ou Exil sur la planète fantôme).

Hubert-Felix Thiéfaine aborde le thème de la mort « Ruelle des morts ».

 De la peur du nucléaire dans « Alligators427 ».

Et parfois de l’amour « Les dingues et les paumés » (1981).

Ces trois derniers thèmes sont souvent abordés avec cynisme, et désespoir comme dans « crépuscule transfert « .

La folie est également un de ces thèmes de prédilection « Le jeu de la folie », » « Psychanalyse du singe », « 22mai ».

Il célèbre tous les plaisirs « Sentiments numériques revisités » ou il est très sexe, drogues et rock and roll.

C’est un chanteur-poète écorché vif, très inspiré par de grands poètes du XIX comme Rimbaud ou Baudelaire, mais également des plus modernes comme romain Gary ou Boris Vian.

Sa discographie est importante : 17 albums, sans compter les disques live et les compilations.

De son premier disque édité en 1977, le  titre phare « La fille du coupeur de joint » est le seul morceau vraiment connu et pourtant il faut écouter les autres titres comme « La fin du saint empire romain-germanique », « l’ascenseur de 22h43 » ou « Le chant du fou ». Les 3000 personnes qui ont acheté ce disque auront cette chance .

Les deux albums suivants « Autorisation de délirer » (79) et « De l’amour, de l’art ou du cochon » (dans lequel on trouve le titre « Comme un chien dans un cimetière ») sont dans la même veine rock-folk que le précédent.

 Au delà du style de l’amuseur-provocateur, se cache une sensibilité exacerbée, une poésie noire et une rage rivée au ventre. Personnage atypique à la limite de la folie, sa personnalité fascine.

Vont suivre de nombreux disques avec toujours des textes poétiques et énigmatiques.

Dans ces deux derniers disques, en 2005 « Scandale mélancolique », et  » Supplément de mensonges » Hubert-Felix Thiéfaine va faire appel à d’autres musiciens pour écrire les mélodies dont le plus célèbres est Cali.

Hubert-Felix Thiéfaine va également écrire une chanson, en 2016, « Soleil cherche futur » pour le film « Le pantin » de Mallory Grolleau.

Il est aussi un véritable marathonien des concerts de 1984 à 2005 Hubert-Felix Thiéfaine va réaliser de longues tournées après chaque disque .

En 1984 lors de la tournée « Alambic, sortie sud » il remplit  Bercy de Paris et fait une centaine de dates en France.

 En 1986, au cours d’une grande tournée, il se produit au Festival du Printemps de Bourges et celui de Québec. A la fin de cette année-là, sort « Météo fur nada », avec notamment le titre « Sweet Amanite phalloïde Queen ». « Cultivant le chaos des mots dans un jardin de mauvaises herbes, Thiéfaine balade son pessimisme en étendard, à la plus grande joie de son public », comme le dit un journaliste de l’époque.

En 1998 sa tournée, suivant la sortie du disque « Le bonheur de la tentation » où il dénonce encore la bêtise humaine, va le conduire dans toute la France et dans certains états étrangers proches.

En 2001 et 2002 sa tournée « Défloration 13 » le mène dans 77 villes en France et surtout il joue au Zénith pendant deux concerts et au Bataclan.

En 2004 il fait une tournée acoustique, seul à la guitare, qu’il termine aux Francofolies de La Rochelle pour la plus grande joie de son public.

En plus de la musique il va écrire des recueils de poèmes .

En 1988 : « Hubert-Felix Thiéfaine » que le poète-chanteur a écrit en collaboration avec Pascale Bigot.

En 2005 : « Jours d’orage » publié aux éditions Fayard.

Également des livres ont été écrits par d’autres auteurs.

En 2009 : » Entre 3 grammes et 5h du matin…Hubert Felix Thiefaine » de Jean-Charles Chapuzet et, en 2017 : « Thiéfaine, poésie souterraine », ouvrage collectif, sous la direction de Remi Astruc aux éditions RKI presse.

Qui est donc en fait Hubert-Felix Thiéfaine ?

Un poète de génie, de la veine de Boris Vian, avec les mêmes affinités pour l’humour caustique irrévérencieux, pour les thèmes lugubres sur la drogue et la mort.

Il est toujours suivi par un public fidèle et des amis dans le spectacle comme témoigne un disque hommage « Les fils du coupeur de joint » sur lequel quatorze artistes français, reprennent des titres importants du chanteur. On retrouve parmi ces chanteurs amis : San Severino, Matmata, Mickey 3D, Bénabar sont les plus connus.




Claude Maillet

Sources utilisées :

  • Les livres susnommés dans le texte
  • Les feuillets accompagnant les disques de l’artiste
  • Les chansons les plus importantes de son répertoire peuvent être retrouvées (musique et texte sur internet).
  • Le site officiel du chanteur : HF Thiefaine:thiefaine.com actualités.